Comment les normes ont été définies

L'ICNIRP (Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants) a établi un "Guide pour l'établissement de limites d'exposition aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques" (Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 182, 1 er trimestre 2001), servant à définir les normes en vigueur.

En voici un extrait

Page 21-22 : "ce guide n'est fondé que sur des effets immédiats sur la santé, tels que la stimulation des muscles ou des nerfs périphériques, les chocs et brûlures provoqués par le contact avec des objets conducteurs, ou encore l'élévation de température des tissus sous l'effet de l'absorption d'énergie liée à l'exposition aux champs électromagnétiques. En ce qui concerne d'éventuels effets à long terme, tels qu'une élévation du risque de cancer, l'ICNIRP a conclu que les données disponibles étaient insuffisantes pour servir de base à l'établissement de valeurs limites d'exposition ; des recherches épidémiologiques ont cependant apporté des éléments en faveur d'une association entre exposition (à des densités de flux magnétique très inférieures aux valeurs recommandées dans le présent guide, pour les champs de 50/60 Hz) et effets cancérogènes potentiels."
En d'autres termes l'établissement des normes ne semblerait pas prendre en compte tous les risque potentiels.

L'exemple ci-après va l'illustrer :

 

I) LES FAITS

Page 25 : "étude cas-témoins sur la leucémie chez l'enfant, portant sur 129 cas et 328 témoins. L'évaluation de l'exposition comportait le mesurage du champ magnétique sur 24 heures dans la chambre de l'enfant, au domicile où l'enfant avait passé le plus de temps avant l'établissement du diagnostic. Un risque relatif plus élevé, de 3,2, a été observé pour des valeurs supérieures à 0,2 µT."
Les risques de contracter une leucémie sont donc plus de 3 fois plus importants en moyenne, sachant que 0.2 µT, (microTesla, c'est à dire 2mG, milliGauss), est par exemple une valeur habituelle à 50 cm d'un écran d'ordinateur (à tube cathodique, norme MPR90 ou MPR II). La valeur seuil de 2 mG est courante voire dépassée dans la vie quotidienne.

Page 27 : "La gravité et la probabilité d'irréversibilité des effets sur les tissus s'amplifient en cas d'exposition chronique à des densités de courant induit qui dépassent un niveau de 10 -100 mA.m-2 . Il semble donc judicieux de limiter l'exposition de l'homme à des champs qui n'induisent pas de densités de courant supérieures à 10 mA.m-2 au niveau de la tête, du cou et du tronc à des fréquences allant de quelques Hz à 1 kHz."
L'effet immédiat seul est retenu.

 

II) LA MODELISATION

Page 37 : "Si, pour simplifier, on suppose une conductivité homogène de 0,2 S.m -1 , une densité de flux magnétique de 100 µT à 50 Hz génère à la périphérie du corps des densités de courant comprises entre 0,2 et 2 mA.m -2"
Les 100 µT sont à comparer aux 0.2 µT qui multiplient par 3 le risque de leucémie chez l'enfant.
L'homme est modélisé comme un fluide homogène et non vivant, dont la seule réaction possible serait l'élévation de température.

Pour aller plus loin :

Extraits des fichiers de l'ICNIRP, version française : (il s'agit d'un même document de 32 pages, numérotées de 17 à 48, scindé en 2)
http://www.icnirp.org/documents/emfgdlfr1.pdf (page 17 à 28)
et http://www.icnirp.org/documents/emfgdlfr2.pdf (page 29 à 48)

 

Page 19 : "Cette publication a pour principal objectif l'établissement d'un guide destiné à limiter l'exposition aux champs électromagnétiques à des niveaux assurant la protection des personnes contre les effets nocifs connus de ces champs."
Les effets non encore reconnus, comme ce qui est appelé l'allergie électromagnétique, l'hypersensibilité électromagnétique, l'épilepsie de source électromagnétique (ou des effets non encore connus car à long terme, ou dont la relation de cause à effet n'est pas évidente) ne sont pas pris en compte.

 

Page 20 : "Selon la fréquence du champ, les grandeurs physiques utilisées pour spécifier ces valeurs limites sont :
- la densité de courant (J),
- le débit d'absorption spécifique (DAS),
- et la densité de puissance (S)."
Seules les grandeurs permettant de mesurer les effets thermiques sont prises en considération.

 

Page 20 : "Le respect du présent guide ne permet pas ipso facto d'éviter toute perturbation des dispositifs médicaux tels que prothèses métalliques, stimulateurs ou défibrillateurs cardiaques, implants cochléaires. Les stimulateurs cardiaques peuvent être perturbés par des champs n'atteignant pas les niveaux de référence.
La prévention de ces problèmes n'entre pas dans le domaine d'application du présent guide mais est traitée dans d'autres documents [UNEP/WHO/IRPA, 1993]."
Un champ qui influe sur des dispositifs médicaux peut-il être sans conséquence nocive sur un organisme vivant ?

 

Page 21 : "L'exposition à des champs électromagnétiques de fréquence variable dans le temps génère des courants à l'intérieur du corps, ainsi qu'une absorption d'énergie dans les tissus ;"

 

Page 22 : "nombre d'observations faites in vitro n'ont pas pu être mises en évidence in vivo. Les résultats d'études menées exclusivement in vitro n'ont donc pas été considérés comme une base suffisante pour l'évaluation des effets éventuels des champs électromagnétiques sur la santé."
définitions Le petit Larousse 2003 :
"in vitro : (...) se dit de toute exploration, expérimentation ou manipulation biologique qui se fait en dehors de l'organisme, en milieu artificiel (dans des éprouvettes par ex.)"
"in vivo : (...) se dit d'une réaction physiologique, biochimique dont on fait l'étude expérimentale dans l'organisme."
Les études du Centre International de Recherche Technolab in vivo (organisme vivant exposé dans sa globalité), aboutissent à des résultats démonstratifs et cohérents avec les études in vitro.

 

Page 22 : "Il existe trois mécanismes fondamentaux de couplage, par lesquels les champs électriques ou magnétiques de fréquence variable dans le temps interagissent avec la matière vivante [UNEP/WHO/IRPA, 1993] :
couplage avec les champs électriques basses fréquences ;
couplage avec les champs magnétiques basses fréquences ;
absorption d'énergie provenant des champs électromagnétiques.
(…)

L'interaction champs électriques de fréquence variable - corps humain provoque :
- un écoulement de charges électriques (courant électrique),
- la polarisation des charges liées (formation de dipôles électriques),
- et la réorientation des dipôles électriques déjà présents dans les tissus.
(…)
L'interaction physique champs magnétiques de fréquence variable - corps humain crée des champs électriques induits et provoque la circulation de courants électriques.
(…)
L'exposition du corps humain aux champs électriques ou magnétiques basses fréquences n'entraîne généralement qu'une absorption d'énergie négligeable et aucune élévation de température mesurable."
On peut supposer que l'échauffement des tissus n'est pas la seule conséquence d'une exposition aux CEM (Champs Electromagnétiques)

 

Page 25 : "risque accru de leucémie parmi les travailleurs de l'électricité."

 

Page 26 : "Etudes sur des volontaires
Aucun des sujets participant à ces études n'était en mesure de détecter la présence de champs [12 kV.m-1 , 30 µT] et il n'y a pas eu d'autres résultats cohérents sur toute une batterie de tests sensoriels et perceptifs."
L'étude est cohérente avec le commentaire page 21 "ce guide n'est fondé que sur des effets immédiats sur la santé" ; cependant :


Page 26 : "On a également constaté que la durée du stimulus magnétique représentait un paramètre important dans la stimulation des tissus excitables."
La norme s'appuie donc sur les effets immédiats des études, alors que les conséquences biologiques sont visibles sur le long terme.

 

Page 27 : "Des densités de courant qui ne provoquent aucune stimulation des tissus excitables peuvent néanmoins perturber l'activité électrique normale et influer sur l'excitabilité neuronale. On sait que l'activité du système nerveux central est sensible aux champs électriques endogènes produits par l'action des cellules nerveuses adjacentes, à des niveaux inférieurs à ceux qui sont nécessaires à la stimulation directe."
Cette "perturbation" n'est pas un effet thermique.

 

Page 27 : "On a signalé des altérations neuroendocriniennes (suppression de la synthèse nocturne de la mélatonine, par exemple) en réponse à des champs électriques induits d'intensité égale ou inférieure à 10 mV.m -1 , ce qui correspond à des densités de courant induit égales ou inférieures à 2 mA.m -2 environ [Tenforde, 1991 ; 1996]. Rien ne permet d'établir clairement que ces effets soient nocifs.
Rappelons que la mélatonine intervient dans la régulation des rythmes biologiques, et donc dans la régulation du sommeil. Or les études ont montré une chute de la production de mélatonine dans un rapport de 10 lors d'une exposition prolongée à un écran d'ordinateur (Jeunes poulets exposés 38 jours à un écran informatique à tube cathodique ; Bastide M, 1997 - Youbicier-Simo B-J ,2001 Univ. Montpellier) ;

 

Page 27 : "Dans le domaine de densité de courant compris entre 10 et 100 mA.m -2 , des effets sur les tissus et des modifications des fonctions cognitives cérébrales ont été signalés [NRPB, 1992 ; NAS, 1996]. Lorsque la densité du courant induit dépasse 100, voire plusieurs centaines de mA.m -2 à des fréquences comprises entre 10 Hz et 1 kHz environ, il y a dépassement des seuils de stimulation neuronale et neuromusculaire."
Voici le cœur de ce qui servira à établir les normes : 100 mA/m², avec un facteur de "sécurité" de 10 :


Page 27 : "La gravité et la probabilité d'irréversibilité des effets sur les tissus s'amplifient en cas d'exposition chronique à des densités de courant induit qui dépassent un niveau de 10 -100 mA.m -2 . Il semble donc judicieux de limiter l'exposition de l'homme à des champs qui n'induisent pas de densités de courant supérieures à 10 mA.m -2 au niveau de la tête, du cou et du tronc à des fréquences allant de quelques Hz à 1 kHz."


Page29 : "Chez les volontaires, les effets de l'exposition qui reviennent le plus régulièrement sont l'apparition de phosphènes et une baisse minime du rythme cardiaque pendant ou immédiatement après l'exposition aux champs ELF" L'effet immédiat seul est retenu.

 

Page 28 : "Il n'existe pas de preuve de modification structurelle de l'ADN et de la chromatine par les champs ELF"
De récentes études sembleraient montrer le contraire. (Weisbrot D, Lin H, Ye L, Blank M. and Goodman R. Journal of Cellular Biochemistry. Vol. 89, Issue 1, 2003, pages 48-55)

 

Page 28 : "Les champs ELF, à supposer qu'ils influent sur le processus de cancérogenèse, agissent plus probablement comme promoteurs que comme initiateurs, en favorisant la prolifération de cellules génétiquement modifiées, plutôt qu'en provoquant la lésion initiale de l'ADN ou de la chromatine."
(...)
Des études sur le développement de cancers de la glande mammaire chez des rongeurs traités par initiateur chimique donnent à penser que l'exposition à des champs magnétiques à la fréquence du réseau et de densité de flux comprise entre 0,01 et 30 mT entraîne un effet de promotion du cancer
(…)
Toutefois, il faut que des études de répétition soient réalisées indépendamment par différents laboratoires, avant qu'il soit possible de dégager des conclusions quant à l'effet promoteur des champs magnétiques ELF sur les tumeurs de la glande mammaire.

 

Page 28 : "Les données sur le risque de cancer associé à l'exposition aux champs ELF chez des sujets vivant à proximité immédiate de lignes électriques semblent concorder pour indiquer un risque légèrement plus élevé de leucémie chez l'enfant"
"Risque légèrement plus élevé" : un rapport de 3 (voir Page 25)

 

Page 28 : "dans l'ensemble, ces études semblaient indiquer l'existence d'un risque accru de leucémie ou de tumeurs cérébrales, mais ne présentaient pas de cohérence quant au type de cancer pour lequel il y avait augmentation du risque. Ces données ne suffisent pas à l'élaboration d'une base utilisable pour élaborer un guide pour la limitation de l'exposition aux champs ELF."

 

Page 30 : "il est encore trop tôt pour qu'il soit possible d'observer un effet sur l'incidence du cancer ou sur la mortalité par cancer."

 

Page 31 : "1 °C (…) valeur considérée par certains auteurs comme la limite supérieure d'augmentation de la température sans effet nocif"
(...)
"Chez les singes, la dégradation du comportement de thermorégulation commence dès que la température de la région hypothalamique augmente de 0,2 - 0,3 °C "
Ces 2 résultats pourraient sembler contradictoires.

 

Page 31 : "certains rapports récents indiquent que l'exposition de rongeurs à des champs de micro-ondes avec des niveaux de DAS de l'ordre de 1 W.kg -1 pourrait entraîner des ruptures de brins sur l'ADN des tissus testiculaires et cérébraux"
A comparer avec le DAS d'un téléphone portable, qui est généralement compris entre 0.2 et 1.2, avec une moyenne légèrement supérieure à 0.6.

 

Page 31 : "Cette étude paraît donc suggérer qu'un mécanisme non thermique serait en cause, ce qui demande des recherches supplémentaires.
Néanmoins, avant d'émettre la moindre hypothèse sur le risque pour la santé, il faut répondre à un certain nombre de questions. Il est nécessaire de reproduire l'étude, de réduire la liberté de mouvement des animaux de façon à diminuer la variation du DAS dû à l'exposition et de déterminer s'il existe ou non une relation dose-réponse.
Des études complémentaires sont nécessaires pour savoir si ces résultats se retrouvent ou non dans d'autres modèles animaux, afin d'être à même de les extrapoler à l'être humain. Il est également indispensable d'établir si les résultats obtenus avec des animaux transgéniques sont ou non applicables aux êtres humains."

 

Page 34 : "Les restrictions d'exposition sont fondées sur les effets avérés sur la santé et sont dénommées restrictions de base.
Selon la fréquence du champ, les grandeurs physiques utilisées pour spécifier les restrictions de base à l'exposition aux champs électromagnétiques sont la densité de courant, le débit d'absorption spécifique et la densité de puissance."

 

Page 37 : "La modélisation du champ magnétique est fondée sur l'hypothèse d'une conductivité homogène et isotrope du corps et ne fait appel qu'à des modèles à boucle conductrice circulaire simple pour évaluer les courants induits dans différents organes et régions du corps, la tête par exemple, en utilisant l'équation ci-après, qui s'applique à un champ sinusoïdal pur"
Le corps humain est modélisé comme un sac de forme quelconque et rempli d'un fluide homogène.

 

Page 37 : "Si, pour simplifier, on suppose une conductivité homogène de 0,2 S.m -1 , une densité de flux magnétique de 100 µT à 50 Hz génère à la périphérie du corps des densités de courant comprises entre 0,2 et 2 mA.m -2" Les 100 µT sont à comparer aux 0.2 µT qui multiplient par 3 le risque de leucémie chez l'enfant.

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